C'est un projet complètement fou qui a été officiellement lancé en juillet dernier : celui de reconstruire le château de Berlin. Il ne s'agit pas de Sanssouci, ni du Schloss Charlottenburg, non il
s'agit bien du Berliner Schloss... A moins d'être né avant 1945, il y a peu de chance que vous l'ayez déjà vu, car il n'en reste aujourd'hui aucune trace. En revanche, si vous êtes venu à Berlin
récemment, vous vous êtes peut-être demandé ce qu'était cette immonde carcasse de ferraille en destruction, au beau milieu de la Museuminsel (île des musées).
Dites-vous qu'avant, il y avait cela :
Un château de 500 ans, imposant, avec une superficie deux à trois fois plus grande que le Berliner Dom (cathédrale de Berlin, qui se trouve juste à côté). Malheureusement, en 1945, le château est
bien endommagé. D'ailleurs, après la défaite française en 1940, le wagon dans lequel la capitulation allemande fut signée en 1918 dans le bois de Compiègne y fut placé comme trophée de la victoire.
Ce wagon fut détruit lors du bombardement.
Le château en 1945
L'île des musées se trouve alors dans le secteur soviétique, et par conséquent à Berlin Est. En 1950, ne voulant pas investir dans la reconstruction du château, la RDA décide purement et simplement
de le raser.
Dynamitage de la façade
sud.
J'aime bien cette phrase prononcée en 1951 par Wilhelm Girnus, qui devint plus tard secrétaire d'état à l'enseignement supérieur :
"Wir hatten die Wahl - Schloss oder Dom. Hätten wir den Dom abgerissen, dann hätte der Westen für einige Jahre Wasser auf der Mühle gehabt und von ,Kirchenstürmerei' gesprochen. Dann
lieber das Schloss. Mit den Kunsthistorikern werden wir schon fertig!"
"Nous avions le choix : le château ou la cathédrale. Nous aurions démoli la cathédrale, nous aurions apporté pour quelques années de l'eau au moulin de l'Ouest qui aurait parlé d'attaque contre
les églises. Donc le château de préférence. Nous en aurons bientôt fini avec les historiens de l'art !"
On y construit à la place cette magnifique estrade utilisée pour les grandes manifestations de propagande de la RDA. 750000 personnes défilèrent ainsi en colonnes de 72 personnes
durant 5 heures devant les dirigeants de la RDA. Ceux-ci reçurent les hommages depuis la tribune.
A la suite de la reconnaissance diplomatique de la RDA lors de Conférence sur la Sécurité et la Coopération Européenne, le
Palast der Republik (palais de la république), lieu central des
grandes manifestations politiques et culturelles de la RDA, fut érigé. Inauguré en 1976, le palais, en tant que « Maison du peuple », fut visité par des millions de personnes qui assistèrent à des
manifestations en tout genre. En moins de 3 ans, le palais fut érigé sur un squelette d’acier. Afin de protéger le bâtiment contre les incendies, 175000m² de la surface en acier furent recouverts
par 5000 tonnes d’un mélange contenant de l’amiante. Et c'est bien là tout le problème...
En 1990, le bâtiment est fermé compte tenu du degré de contamination à l'amiante. Au fur et à mesure que les projets de réubarnisation prennent forme pour Berlin, la question du
Palast der
Republik surgit et fait débat. Le désamianter coûterait plus cher que de le détruire. Pour les Allemands de l'Est, c'est encore un symbole de leur nation qui disparaît. Lisez plutôt l'extrait
de l'appel du collectif "Sauvons le palais" :
" Pourquoi y a-t-il un antagonisme sur cette place ? D’où vient cette force de détruire au lieu d’utiliser un bâtiment tout à fait disponible ? (...)
L’espoir de reconstruire le château de Berlin n’est pas réellement un hommage à Schinkel [urbaniste qui a arrangé la Schlossplatz] mais semble être une victoire sur la RDA, symboliquement la
victoire finale de la guerre froide.
Dans la soi-disante réunification, qui n’est pas formée de deux partenaires à égalité, mais d’un pouvoir victorieux plus fort financièrement et plus puissant qui a introduit ses symboles, son
argent et ses valeurs en l’autre pour y dicter sa vision de la réunification, on devait aussi parfaire les symboliques. Regardez ces bagatelles, comme cette petite flèche verte sur le feu aux
carrefours, puis ces valeurs est-allemandes ont été bafouées.
Mais pourquoi les Allemands de l’ouest avaient-ils besoin de combattre à la victoire même au niveau des symboles. Pourquoi ne pouvait-on pas laisser debout au moins l’établissement central de la
RDA comme monument historique ? Pourquoi le Palais représente-t-il plus la politique d’un gouvernement qu’un lieu de rencontre ?
Parce que la culture traditionnelle ne connaît que des gagnants ou des perdants. Et l’ivresse du gagnant ne connaît pas de frontières. Une victoire aux frais des perdants conduit à encore plus de
victoires, pas de pause ni de réflexion, pas de chance à accepter, encore moins vouloir comprendre et saluer les bras ouverts l’adversaire comme un partenaire."
Les défenseurs du projet essaieront d'argumenter en vous parlant plutôt du campanile de Venise, du monastère du Monte Cassino ou encore de la Frauenkirche de Dresde (reconstruite en
2003 !). Quoi qu'il en soit, la destruction est maintenant bien entammée, et la Berliner Schloss va bel et bien redevenir réalité.
"Sa vocation est définie par la mission même du centre de Berlin. Il sert les arts et les sciences en devenant le 'Humboldt-Forum', lieu exceptionnel de la culture et des sciences internationales
au côté du complexe muséologique de l’île aux musées, de l’université Humboldt et de la bibliothèque nationale. Berlin met donc à disposition des endroits de qualité pour le dialogue entre les
peuples. A l’époque de la mondialisation, c'est un geste qui comprend et prouve l’investissement de l’Allemagne pour participer à la culture mondiale 'Weltkultur'."
Sur la façade Est, le projet est d'avoir des éléments qui rappellent le Palais de la République.
"Das Schloss wird die Bürger mit dem Wiederaufbau der Stadt versöhnen, findet doch jeder nun seine bauliche Heimat im alt-neuen Berlin."
"Le château réconciliera les citoyens avec la reconstruction. Chacun trouvera sa patrie architecturale dans ce Berlin où se mêle l’ancien et le contemporain."
C'est dans leur dos que l'on
détruit le Palais de la République.
Le squelette du palais et la
Fernsehturm.
Le prix de la reconstruction du Berliner Schloss ? Quelques 500 millions d'euros, financés en grande partie par l'état. Les façades, chiffrées à 80 millions d'euros font l'objet de vos dons ! Comme
il en reste encore 66 à trouver, vous pouvez encore choisir la pierre que vous voulez offrir à l'édifice sur
http://www.berliner-schloss.de !
Le Berliner Schloss en image de
synthèse
Pour terminer, je reste fasciné par ce projet de reconstruction, plutôt incroyable ! Le commencement des travaux est prévu pour 2010. Rendez-vous en 2015 pour l'inauguration !